İpanadrega

28 sept. 2017

d'abord…

(préambule provisoire d’un récit en cours d’élaboration)

Ce récit se montre difficile à bâtir et sera sujet à de multiples changements pendant toute son élaboration. Ici, nous essayons de déterminer ce que nous sommes et nous parlerons du vivant, pas uniquement des hommes, mais du vivant dans son entier et de tout ce que cette sensation de vivre me force à écrire. L’agencement de ce racontement représente un long processus toujours en cours au moment où j’établis ceci. Aujourd’hui, sa constitution m’apparaît ainsi, nous considérerons trois cycles : le cycle normal d’une lecture, la narration ; le deuxième cycle devient celui de la chronologie, de l’arrivée des textes que j’ai régurgités peu à peu, dont la plupart furent exprimés d’abord oralement, enregistrés et transcrits ensuite ; enfin, pour le troisième cycle, à l’heure où je dis ceci, je n’en perçois pas tout à fait la pertinence ni le terme à utiliser pour le définir : un scénario, une mise en scène, une scénographie… quelque chose comme ça ; allez donc savoir pourquoi, une intuition à suivre, un troisième cycle s’inscrira bien dans ce récit. Toute chose transparaît en s’assemblant, d’où l’idée de naître, se consolider, s’agiter et se disloquer à un moment ou un autre jusqu’à une mort inévitable ; ce déroulement demeure valable autant pour les étoiles, elles ne semblent pourtant pas vivantes ; oui toute existence ne dure qu’un temps. Les êtres présents sur la terre sont eux-mêmes soumis à cette loi physique, le jour où notre planète mourra, ils disparaîtront avec elle… Nous ne sommes que l’expression d’une suite d’assemblages momentanés. Le lent processus du vivant qui nous anime, démarré il y a certainement trois milliards cinq cents millions d’années sur cette terre, s’achèvera le jour où le soleil grossira, pour se transformer en géante rouge a priori, amenant un enfer là où nous habitons. L’extinction progressive de notre étoile fera périr toutes formes existentielles sur notre planète, elle deviendra un corps inerte sans lumière pour l’éclairer. Vraisemblablement s’insinue en nous l’idée d’un vaste départ, une inspiration du vivant, ce qu’il manigance pour les temps à venir, en somme : inventer les instruments nécessaires à ce grand voyage, afin de survivre, puis trouver une nouvelle « terre promise ». L’astre du jour nous concède deux milliards d’années pour le préparer avant de s’éteindre à jamais…

La trame centrale du racontement principal du récit, dans son ensemble, représente vaguement une étude pluridisciplinaire de la vie, de soi ou d’autrui, une tentative d’analyse des dedans et des dehors, une considération assidue du plus petit aux plus grands êtres vivants sur cette terre, pour établir en quelque sorte un compte rendu. La narration viole tous les concepts qui veulent qu’une expression ne s’accomplisse qu’à travers une seule discipline : la poésie, la philosophie, la littérature, la science, l’anthropologie, tous les psys, etc., elle s’alimente de tous ces modes d’élocution sans en faire prédominer forcément un, tout est lié, c’est tout à la fois, et rien ne domine en quoi que ce soit, il faudra vous y habituer… On enlève toutes les étiquettes qui décrivent « homo sapiens », on laisse celles des autres pour s’y retrouver un peu, on pointe là où ça fait mal et puis s’interroge un vivant à propos de cela, je suis désolé, ce n’est que moi…

Nous avons beaucoup appris, sans que cela suffise encore ; nous devrions peut-être bien « relier » dorénavant, tout ce qui avait été délié ou négligé (par insuffisance ou ignorance ou simple refus, nul ne le sait), relié les disciplines, relié les êtres, nous venons tous du même chaudron et nous partageons tous sans exception aucune (jusqu’à preuve du contraire), un même programme (génétique), celui du vivant !

27 sept. 2017

ensuite

En fait, tout a déjà été écrit, jadis ou il y a peu et dès maintenant je ne pourrais user d’artifices pour vous le cacher ; l’expérience, vos souvenances, des apprentissages, vous le montreront, puisque vous retrouverez chaque mot prononcé ici, dans de précédents ouvrages, dans de précédents dits ; et vous y reconnaîtrez, sûrement, inévitablement, une inspiration ou une autre; de mémoire en mémoire, des bouts d’expérimentations d’hommes délaissent ainsi la trace d’une présence, un ajoutement à côté de ceux qui persistent, intriqués si petitement dans cet univers si grand ; l’appréhender totalement, cela se peut-il, il nous échappe de partout ; alors, pour combler nos ignorances, face à ce vide, cette absence qui intrigue, fait peur, et puis pour tranquilliser les gens, les apaiser, on inventa des certitudes; c’est de là que viennent les mythes, les rites et les croyances, pour ne laisser subsister aucun doute et éviter les « désordres » ; c’est au nom de ces mythes, de ces récits, des mensonges que l’on y a mis, que se pratiquèrent les premiers crimes ; prétextes diffus pour haranguer les foules, les ameuter, les réveiller, avant les guerres, ces batailles, qui n’en intéressent que quelques-uns, chefs, maîtres ou seigneurs, ils vous y amènent en troupes, aux champs d’orgueils, pour qu’on y troue vos entrailles, ah ! le cœur et puis le reste… A-t-elle eu raison, la vie, en donnant à notre être, à ses membres anodins, ce semblant de liberté ? Jeunes progénitures de son règne, nous demeurons quelque peu égarés et agités de soubresauts, tout de même ; comment ferions-nous si, dans sa logique, elle cessait de nous réparer, de nous améliorer, nous abandonnant là, probablement jusqu’à notre fin ? Désormais, vous voilà prévenu, ici ne subsiste aucune sorte de jeu de dupe.

trente mars deux mille seize

ce livre a été écrit en marchant…

Plus de la moitié de ce livre a été écrite en marchant, a été énoncée, préparée, en marchant ; les mots de ce livre sont arrivés dans une marche régulière et accoutumée, cela ne se serait pas pu autrement ; oui, la majeure partie de ce récit a été énoncée en marchant ; les premières phrases, les premières accrochent, sont venues de l’esprit à travers les pas ; des avancements systématiques, cela ne se serait pas pu autrement ; oui, la majeure partie de ce livre s’est écrite en marchant…

(En fond sonore, le bavardage d’une Mésange charbonnière ou d’un Pouillot véloce, dans la forêt (juin 2017), un dialogue s’installe peu à peu avec les oiseaux sur son passage)

Oui, je le répète, ce livre a été écrit en grande partie en marchant, et le chant des oiseaux y a été pour beaucoup, car ils m’ont inspiré au-delà de tout, au-delà de ce que vous pouvez espérer ; oui, les chants des oiseaux (snif) qui ont pour ancêtre des dinosaures, des êtres que l’on dit brutaux, ces oiseaux-là m’ont inspiré tout ce que je vous dis là ; ces êtres souvent gracieux, au chant très mélodieux, m’ont apporté à travers la diversité des chants que vous entendez là, dans ce que je dis, la myriade des mots qui me viennent… Je soupçonne qu’ils me les aient susurrés, qu’ils me les aient inspirés (snif), avec une manière sournoise qui est bien dans le sens de la vie, euh ! de vous amener des choses ainsi… d’une manière où vous obtempérez… où vous obtempérez, tellement elles vous sont immiscées, sournoisement : « Mais, c’est pour votre bien ! », nous dit-on, effectivement ! vous écrivez… Vous allez laisser les petits messages inspirés des oiseaux, aux autres hommes, car à aucun moment dans ce récit, l’on médit des oiseaux, au contraire ! On abonde dans leur sens, on les implore, on les encense… Oui, tout en marchant, ce récit a été inspiré aussi par les oiseaux ; alors comment voulez-vous que l’on puisse prétendre en être le maître absolu, de ce que l’on dit là (snif), car de partout… la nature m’apporta ce que je vous dis là ? Je n’ai fait que traduire et mettre dans un langage que vous comprenez ; moi je l’ai ressenti, je vous l’assure, et ce qui est écrit là, c’est ce que l’on m’a dit (snif), je n’ai pas omis une ligne ; si parfois je me suis trompé dans l’entendement, dans la position du point ou d’une grammaire défectueuse, le propos a été ajouté (snif), il ne me semble pas avoir oublié… de trop, une quelconque mélodie, comme celle que vous entendez ici, oui ! « Il est fou » dites-vous ! Non ! Lequel des deux est le plus fou ? Vous qui me lisez ou moi qui récite en ce moment, ce que je dis là ? Ah ah ! Allez donc comprendre, allez donc savoir, ce n’est pas si simple (snif), et je ne fais que traduire ce que le chant me dit de mettre, je vous l’assure ! Eh eh ! Je ne suis qu’un traducteur (snif), et je vois bien que l’oiseau me suit de son chant, et me dit « cui cui cui, ajoute ceci, ajoute cela », oui oui oui ! moi j’écris, j’écris (snif)… oui cui cui cui, ah oui effectivement ! Eh ! eh ! j’ai pas le choix… Oui (snif), ce récit a été écrit en marchant, à travers le chant des oiseaux je vous dis tout ceci ! Oui ! Et pour preuve ce que j’enregistre là !… Oui ! effectivement, je le dis ici (snif), vous n’avez qu’à vous faire votre idée à travers cet enregistrement-là et pas autrement… Voui ! voui voui voui… « Ah ! il est fou ! » dites-vous ; aaah qui est le plus fou des deux ? Imaginez en lisant la suite, vous comprendrez, peut-être, peut-être (snif), c’est à vous de voir…

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le début du racontement