(parole en marchant – 5 juill. 2020 à 21h13)

—> 2. « petit chemin » : vite !
—> durée : 58’57

(tout le long du parcours, des stridulations de Sauterelles, à 10 kHz, plus ou moins présentes, pour qui sait, ou peut les entendre…)

L’oiseau me regarde au loin, il se fout de moi ; de son « tuite tuite » incertain, il me regarde, regard hautain ; il m’observe d’un regard hautain… et moi je me hâte, je ne l’écoute à peine… d’ailleurs, il est loin !
Ils sont là (les oiseaux du coin), et cherchent quelques mangeailles ; ceux que je venais de voir se sont envolés, moi arrivant subitement à quelques mètres d’eux… Je sais que je vais dire n’importe quoi, et l’oiseau se moque de moi !
(l’oiseau lui répond « mais non ! » [l’oiseau rit tout bas])
1’40
Je sais ce que tu penses…
Je cherche mes mots, la forêt refuse de m’inspirer quoi que ce soit, on est fâché contre moi, et je le vaux bien !
Peut-être vais-je tomber au bout du chemin… on me fasse un croche-patte, à moi, la bête à deux pattes du coin !
Ce ne serait pas bien… « méchant ! » me diraient quelques-uns…
Une Sauge des bois toute en fleurs se fout de moi, aussi !
Pourquoi ramènes-tu tout à toi ?
C’est ça, le souci !
Que d’énergie dépenses-tu pour des mots aussi illusoires, autant que ta mémoire ?
Ici, les papillons sont tous petits, j’ai remarqué !
Oui, mais encore ?
On avance un peu plus, alors ! Que me dit la forêt ?
« Il est bien tard, pour les hommes, vous devriez rentrer, nous laisser tranquille un temps, au moins encore cette nuit. »
Voilà ce qu’elle me dit… la forêt !
Vous avez fait assez de ravages comme ça, n’en rajoutez pas, en passant par là !
(il fait de l’ironie, mais ce ton ne lui convient plus, il trouve cela comme une piètre facétie du plus mauvais effet…)
5’02
« Te voilà bien pressé », me dit l’oiseau, il se rit de moi.
(oh ! de l’oiseau, ce rire de lui, est joli !)
Oui, je sais ce que tu penses de moi…
Encore ! Il parle de lui ?
L’oiseau se rit de lui, le deux-pattes du coin, énervé, hâtif sur ses deux jambes (pattes), avec lesquels il n’arrive toujours pas à s’envoler !
« Même (avec) ses bras, en les agitant suffisamment, il n’arrivera jamais à s’envoler… » me dit l’oiseau, en se riant de moi.
Encore toi ?
Oui (chuchotement)
Oublie ta petite personne, ici, enfin !
(il marche vite sans égards envers les gens du coin sur son passage… et s’en aperçoit…)
Pardon les herbes que j’agite sur mes pas pressés… pardon à ceux que j’écrase et que j’ai compressés…
Je m’agite, je m’agite, oui, ce n’est pas pour parler de moi, mais plutôt, de dire « qu’est-ce que je fous là ? »
Eh bien, tu traverses cette forêt, agité, certes, mais tout de même, c’est ce que tu fais, de tes pas hâtifs, tout de même !
« Voilà, ce que tu fous là ! », me dit le petit Bourdon que je malmène !
L’as-tu tué, le bourdon ?
Noonn ! Je l’ai fait se presser, il s’est écarté, il n’y a pas eu de « boums », d’éclats d’obus, ni vainqueur ni vaincu, il s’est écarté tout au plus…
Tant mieux !
Qui a dit ça ?
Mais la forêt, allons !
8’34 (l’oiseau grommelle…)
Pour qui te prends-tu ?
Tu n’es pas chez toi, ici…
Ni nulle part, d’ailleurs !
Ah ! C’est toi qui rajoutes !
8’56 (l’oiseau gronde !)
Nous n’avons pas dit ça !…
Si tu dormais auprès de la fourmilière du coin, celle où tu sais qu’elle se trouve, tu servirais de mangeailles à toutes les fourmis, et au matin tu serais recouvert, traversé de toutes parts, tes boyaux ouverts ! Merci d’offrir ton corps, un si vaste repas à de si petits êtres…
Eh eh, les fourmis m’aimeront-elles ? Ce repas leur sera-t-elle salutaire… leur sera-t-il salutaire ? Je ne sais, ma viande est austère et je risque d’être éveillé sous leurs petites pattes…
Oui ?
… sous leurs petites pattes !
Oui… tu cherches ?
Oui !
La fourmilière ?
Non !
Quoi donc ?
Mais la rime, enfin ! Elle ne vient… la forêt ne m’aide pas, on me traite de vaurien !
C’est peut-être ce que tu es, un vaurien !
C’est possible, je ne dis pas non… Même la Campanule, toute en fleur, que j’ai agitée à mon passage, approuve le verdict !
Vous croyez qu’elle s’en soucie, la Campanule ?
Moi, je le dis, oui ! Qu’en savez-vous du contraire ? C’est l’intention qui compte, même… même si ma parole est délétère, de mauvais augure…
12’08
Alors, des petits chemins lequel vas-tu prendre ? Vas-tu remonter ?
Déjà ? À peine commencé…
12’47 (un Moucheron passe sous son nez et l’oiseau gronde à nouveau !)
Vas-tu te taire ? Dans la forêt, ce soir, on voudrait un peu de paix !
13’02 (l’oiseau reprend… Pets de Moucherons, aussi…)

de 13’02 à 13’09, chant de Sauterelle au-dessus de la mélodie du Troglodyte réjouie…

Que vas-tu faire, à la croisée des chemins, fait ton choix, et vite, qu’on en finisse ! Tu tournes à droite à gauche, tu retournes sur tes pas, que fais-tu, turlututu, réfléchis et mouche-toi…
13’37 (il se mouche, effectivement)
Si tu tournes là, dans… cinq minutes, tu rentres chez toi, si tu tournes en bas, là le sort est incertain…
(il tourne en bas)
Ah ! Tu t’éloignes, tu prends le chemin le plus long, tu oses cette escapade avant la nuit qui vient ; méfie-toi, il y a parfois le Loup dans le bois !
Ah, vous me faites rire, plus de Loup, on l’a mangé depuis longtemps…
Crois-tu ? (snif) il y a peu, tu y vis de petits chiens se promener au même endroit, ils ont grandi, leurs parents sont peut-être là, ils ne feront pas « ouah ouah ! » ; quels Loups seront-ils quand tu seras aux abois ?
(l’oiseau l’a prévenu, « tididu tididu », à 15’44, il rajoute même, « tudi tudi ti tudiduluidilu ! »)
16’01
Allez, mouche-toi ! Tu ne sais faire que ça, quand tu t’éloignes dans le bois…
16’15 (il se mouche à nouveau ; à 16’26, l’oiseau rouspète, « dilui quila diluidi ! »)
16’28 (à la vue d’un reptile inerte, il s’arrête pour l’observer)
Petit serpent !
Est-il vivant ?
Oui !… Il feignait le mort, quand je l’ai touché, il s’est agité. Il a compris…
Il a compris ?
Que je ne me suis pas mépris…
Aaah ! Tu te crois plus intelligent que lui ?
J’ai pas dit ça !
Alors que dis-tu, alors ?
Vous m’avez dit de me taire !
C’est vrai, alors tais-toi encore une fois, laisse parler les oiseaux, y’en a pas beaucoup ce soir…
Ben, c’est qu’ils vont sur leur perchoir s’endormir tout le soir, pour passer la nuit…
(il fait trainer ses mots, il ironise encore, avant le noir)
Aaah ! Voilà voilà (snif)…
Eh oui, tu serais venu un peu plus tôt, au lieu de t’empiffrer de ces mets illusoires, de procrastiner obstinément, de refuser de t’activer à ta tâche première, tu aurais pu les écouter, ils t’auraient guidé, informés des derniers faits, mais là tu viens au moment où l’on se couche nous aussi, dans la forêt… vois-tu ? Ce sont les gens de la nuit qui vont venir… (snif)… dans une demi-heure il fera nuit, dépêche-toi de rentrer…
18’59 (l’oiseau, c’est ce qu’il lui dit)
… sinon, tu seras bien ennuyé dans le noir, tes peurs ancestrales reviendront, tu ne feras pas feu de tout bois ! Ouuulala !
Profite des derniers rayons du jour ! Fais tes prières, si tu crois… (snif) avant que l’on s’occupe de toi !
Aaah ! Vous voulez me faire peur ?
Non ! (snif) seulement t’impressionner, mais a priori cela ne marche pas ? T’inquiète… On a d’autres tours dans notre sac !

20’19, l’oiseau entame un chant savant (??), il l’éduque, le deux-pattes zomme ! (d’ailleurs, les savants humains en sont offusqués) ; les chants des Sauterelles, à 10 kHz, sont très présents…

22’32 (il se mouche en marchant)
23’00
Il y a d’autres deux-pattes qui s’en viennent, ils s’en rentrent aussi…
Prendras-tu le chemin de travers ? (conversation à voix basse)
Oui, tiens, on va prendre le chemin de travers !
23’44
Ils ne t’ont peut-être pas vu ?
(snif)
Traces de Cerf… de gros sabots, dans la boue…
(snif)
Es-tu déjà passée par ici ?
(il montre du doigt)
Traces de Cerfs… Oh, rarement, c’est un raccourci… ah…
(il but sur des ornières)
… petit ruisseau presque à sec, boueux, tout boueux…
L’humidité est dans l’air, sauvagerie du coin, croiseras-tu ton ennemi, s’il en est un ?
Je ne sais ? Protège-moi la forêt ! Aaah ! un Alisier torminal en fl… en fruit…
Ils sont rares ?
Ils ne les ont pas sciés, il est incliné, bien mal en point…
(une corneille croasse au loin)
Le rapace (le charognard) du coin m’a vue, il jacasse au loin… ouais, mystère du soir…
26’05 (il se mouche à nouveau)
Auprès des Ajoncs, plantés dans une boue s’asséchant… me le disent : « dépêche-toi de rentrer, ils vont t’attraper ! »
On dirait que vous voulez tous me faire peur, avec vos sornettes ?
Oui, tu dis ça, on sait qu’au fond de toi l’ancestrale peur est là…
Tu vois, tu n’oses entrer dans la forêt, ici elle est toute noire déjà ! Tu marches sur une boue asséchée que les Sangliers n’ont pas cessé de remuer. Ils reviendront ce soir suivre tes pas, ils te sentiront et si tu restes là, tu risques d’en rencontrer quelques-uns qui n’aimeront pas ta visite, le sais-tu ? Dépêche-toi !
Je fais ce que je peux, il y a trop de bois par terre !
Ah ah ! À qui la faute ? À tes semblables, si tu ne coupais tout le bois, si tu en laissais quelques-uns debout, tu n’aurais pas à hoqueter autant de tes pas sur ton chemin, virevoltant de bûche en bûche, hein !
Je n’aime pas les bûcherons, je les ai imités naguère et j’ai honte ! (il se sent minable)
Aaah ! Voilà la confession…
Oui, c’est pour égayer le chemin, dire quelques bêtises, espérer quelques demains me réveillant au matin pour dire de mon trajet, ce que j’y ai vu, ce que vous m’avez fait subir…
Au loin, un nuage oppressant, sombre, tente de masquer le soleil couchant, on ne sait s’il vient vers toi ou s’il descend vers ce soleil ? Il n’y a plus de vent, le silence s’installe…
Où est-il le petit chemin de travers, qui remonte à ta coucherie ?
Bientôt, je le verrai !
Tu n’es pas perdue au moins ?
Non ! Je connais la forêt dans ses moindres recoins.
Crois-tu ?
Oh ! l’essentiel, juste de quoi ne pas me perdre…
Allez, mouche-toi, tu n’es bon qu’à ça !
30’30 (il s’arrête et se mouche, évidemment ; en reprenant sa marche, il observe les lointains)
Que regardes-tu ?
Ce que je peux, ce que je vois, je pourrais le décrire, je fais ce que je peux ! Le voilà le chemin de travers… (dit-il tout fier)
Tu vas entrer dans le bois profond, as-tu peur, à cette heure ?
(Pas à cette heure…) Ah oui, c’est vrai que c’est noir !
Dépêche-toi !
(snif)
Dépêche-toi, on te laisse cinq minutes…
(il marmonne) Cinq minutes, c’est tout ?
Oui !
C’est trop peu ?
Dix minutes (alors)… tu devrais être pratiquement arrivé à ta machinerie, celle qui te fait avancer (hâtivement) jusqu’à ton logis…
Aah, vous parlez de ma carriole toute ferrée ?
(« il ironise ! » rajoute les orthoptères du coin, que nul humain n’entend, sauf la petite machine enregistreuse… c’est malin !)
Si tu veux ! Dépêche-toi !
Devrais-je courir ?
Oh, à ton âge tu tomberais…
(snif)
… ne fais pas trop d’excès tout de même ! Ton véhicule corporel n’est pas tout à fait…
Pas tout à fait ? (des sous-entendus dans l’air)
Oui, un peu usée toutefois…
Ne fais pas d’excès, marche ! Marche d’un pas alerte… ça suffira, pour ton embarras !
Il faudrait que je ressasse tout ça, ce que je dis là…
Ah, c’est toi qui l’as voulu, hein !
L’oiseau approuve cette remarque, vieil homme, il se rit de toi, lui aussi…
Allez, mouche-toi !
34’19 (il se mouche, désolé !)
On te le fait payer ton mets ingurgité, ton mets inapproprié, qui devait être une récompense après une diète ; tu as fait bombance et c’est pour ça que l’on t’inquiète, pour que tu t’actives suffisamment, eh, que tu perdes l’embonpoint momentané de ce repas suranné… Mais t’inquiète… nous avons fait en sorte que ton corps subvienne à tes pas, il t’aide, tu t’essouffles un peu ; et vois-tu, tu n’as pas mal au dos, comprends-tu ? Une énergie supplémentaire nous t’apportons, pour que tu accélères les pas… faire le nécessaire, de la bonne aire (du bon air), pour oxygéner ton corps suffisamment et que tu avances encore encore…
36’29 (l’oiseau commente la scène, « titil diti dilu ! »)
Tu entends l’oiseau ? Il s’amuse de toi, lui aussi, eh, il t’encourage aussi ! Allez, encore un effort !
Ah, dans la forêt, tu es une attraction, c’est sûr ! Les oiseaux se passent le mot, et quelques rapaces, en haut que tu ne vois pas, guettent tes pas ; te survol… des fois que tu tombes, ils t’écorcheraient bien, comme pour les fourmis, tu ferais un repas (plus que) frugal ?…
Mais ne t’inquiète pas, nous faisons le nécessaire dans l’avancement de tes pas ; dépêche-toi toutefois, tu y es presque, quelques minutes encore, tu auras traversé le plus profond de la forêt, à cet endroit où les coupes sont encore lointaines… Tu vois les Sangliers, ils sont passés naguère…
Oh, naguère, hier ! Ici, dans cette petite marigole (tiens, il invente un mot, ou dérive, une variation, une féminisation, dans le marigot, rigole et se marre ?)…
On attend que tu quittes les lieux pour faire bombance ; c’est pour ça que l’on t’active, qu’on n’aille pas sur le dos un de ces deux-pattes qu’on ne saurait trop gérer, ou si bien, qu’il ne faudrait pas nous tenter !
Des menaces ?
Non, des tentations, seulement ! Nous ne sommes pas habitués à te voir à ces heures-là ?
Vais-je voir les petits chiens, c’est leur chemin…
C’est possible ? Peut-être le Loup ? Que l’on t’effraye !
Oh, à peine ! Je n’y crois guère au Loup, il ne fait pas « hou ! », ici…
Crois-tu ?
Non, je ne crois pas au Loup…
40’27 (sans prévenir, il se mouche subitement et réveille quelques oiseaux et une sauterelle, endormis…)
À force, de tes moucheries, l’on pourrait te croire triste…
Non… (timide)
Ah, tu reprends la… l’allée principale, celle encailloutée, il n’y a plus d’herbes ici, seulement sur les côtés, dans les fossés et auprès des arbres, des Fougères, des Aigles les Fougères !…
Dépêche-toi, le chemin monte, il te faudra un effort, je vais tenter de rameuter le vent pour te pousser encore… Eh, il est bien tard… arriveras-tu avant le noir ?
Il reste cinq minutes avant l’heure fatidique…
Tu dois encore passer une orée un peu profonde…
Eh, il te reste dix minutes, tu auras passé l’heure fatidique de cinq minutes, à moins que l’on ne t’arrête ?
(tenterait-on de l’embrouiller avec ces temporalités iniques ?)
Qui pourrait m’arrêter ?
Mais le Loup, allons, voyons ! Le Loup !
Vous êtes bêtes…
Le Loup est une bête comme toi. Qui est le plus bête des deux ?
42’59 (un oiseau joyeux se mêle au racontement « tiditi tiditi tidi ! »)
Oh, je connais votre réponse, vous allez dire qu’il s’agit de moi, le plus bête des deux…
Nous n’avons pas dit ça !
Nous nous amusons de toi, avant le noir dans la forêt… Tu vas bien dormir ce soir, si tu rentres, si tu arrives à ta coucherie…
43’45 (l’oiseau entame un verdict sans appel, il sévit ! Cela commence ainsi : « titi diledilui ! » ; et les Orthoptères du coin s’en donnent à cœur joie… leurs stridulations emplissent l’air continûment)

de 43’56 à 44’01, chant d’oiseau (??) et stridulations fortes de Sauterelle…

44’55 (les oiseaux lui disent…)

de 44’57 à 45’05, melting-pot de chants (??), de Sauterelles, d’oiseaux, par-dessus le récit de l’homme…

Voilà ! Dans quelques minutes, tu vas clore le grand détour, tu vas prendre l’allée menant à ta coucherie, juste à temps… juste à temps ; « synchrone ! », comme tu dis…
Pas encore ! Pas tout à fait…
Allez !
Quoi ?
Mouche-toi !
45’54 (il se mouche encore une fois)
Tu vois, nous avons retardé le coucher du soleil !
Oh ? (incrédule)
Nous l’avons fait en sorte que tu aies de l’énergie suffisante pour accélérer tes pas, et… hâter ton arrivance chez toi…
Donc, l’illusion est certaine, nous avons gagné les quelques minutes restantes, celles qui te feraient arriver dans le noir. Tu ne t’en es pas rendu compte véritablement, eh, la forêt t’a propulsée gaillardement, sais-tu ?
Elle a fait le nécessaire, parce qu’elle t’aime bien la forêt, même si tu n’es pas parfait ; qui est parfait en ce bas monde ?
Celui qui le serait (prétendrait), serait bien présomptueux, même les arbres ne poussent pas (toujours) bien droit, font des erreurs, des errances, comme toi ; ils sont tous à la recherche d’un devenir, le plus consensuel possible, ils tentent la symbiose, c’est très difficile, ici !
L’odeur du soir se mêle aux odeurs de gasoil des machineries qui se sont activées dans le jour et dont tu sens encore les réminiscences, mêlées aux odeurs des Pins, Pseudostugas ici, aux essences des Chênes et du Hêtre…
Les essences des bois coupés ne font plus le poids…
(au bord de l’allée, il croise un engin de ferraille considérable)
Vois la machine, elle est tout près de toi, quelques mètres de toi, c’est son odeur que tu sentais avant de la voir ! Un peu plus loin, l’odeur changera, plus adaptée à ta respiration !
Cela t’a freinée ?
L’odeur était désagréable !
Désagréable ? nous en convenons, il faut que l’on accélère encore un peu tes pas ; fais un effort aussi toi !
Puisque je peux…
Avant la demie, il fera noir.
J’ai perdu quelques minutes ?
Oui !
(snif)
Les machineries des hommes… inattendues pour toi…
(le reste de la phrase lui est suggéré… il doit deviner)
Tout ce bois coupé au bord de l’allée te ralentit, tu le sais, pourquoi ?
51’12 (il se mouche, « ça devient lassant » pense la Sauterelle, à côté, à qui l’on a passé le mot, de stridulation en stridulation ; cette moucherie lui a fait louper une stridulation, elle reprend hâtivement, et insinue un repentir au creux de lui…)
Tu devrais peut-être t’incliner, t’excuser ?
Eh, ce n’est pas ma faute !
Tu t’excuserais pour eux… ceux qui ont fait ça, ce serait bien ? Au prochain tas de bois, si tu le fais, nous accélérons tes pas…
Un petit vent vient…
Oui !
Il est là pour te pousser, fait ce que l’on te dit ! Cela t’encouragera, sais-tu ?
Ce n’est pas grand-chose, un mythe de plus ajouté à ta petite cervelle…
Le tas est encore plus haut, ici ?
(un tas de bois fraîchement accumulé d’où s’exhalent des senteurs volatiles)
C’est vrai !
(il s’adresse aux arbres coupés)
Je m’excuse pour eux, de vous avoir coupés ainsi inutilement, abusivement, ce sont des idiots, et moi je n’ai rien fait, que pouvais-je faire ? Je ne suis pas de force, je ne sais pas me battre…
Ça suffit ! Va-t’en, avance !
Le vent te pousse, dépêche-toi…
Dix minutes avant le noir…
Vous croyez ?
Oh, quasiment !
(snif)
Tu le vois au loin, le rayon du soir, les derniers rayons… le Grillon le dit, lui…
53’45 (au-dessus de la sonorité de ses pas, le Grillon, en effet, mais plus encore, le chant des orthoptères devient intense et inonde le soir)
Le vent est de travers…
Ah, il fait ce qu’il peut, le vent !
Il remonte… (snif)
54’11 (il s’arrête)
… il vient de l’ouest, il est de travers (et reprends sa marche)…
Un angle suffisant pour ton avancement… Va s’y !
Encore cinq minutes avant le noir…
Oh non, vous aviez dit dix minutes tout à l’heure !
Dépêche-toi !
Le vent est contre moi, il s’amuse de moi !
Il ne fallait pas discuter, il tournoie, voilà tout !
Il t’enveloppe, t’apporte des senteurs suffisantes pour que tu avances gaillardement, voilà !…
Allez, dépêche-toi…
Quel drôle de racontements vous m’amenez là ? Et je devrais transcrire tout ça ?
Ce sera amusant, ne t’en fait pas, on s’occupera de toi suffisamment pour que tu ne nous maudisses pas, tu as déjà assez à maudire… (il frôle le Grillon) de tes comparses, il ne faudrait pas que tu en rajoutes, n’est-ce pas ?
Allez ! Mouche-toi encore une fois !
Ooh…
56’30 (moucherie, de nouveau, en marchant)
Une heure, dans le bois ! À l’allure où tu as été, ça en valait bien deux !
Tu devrais y rester toute une journée, dans le bois !
Vous croyez ?
Oui ! Nous avons tant à te dire, avant que tu t’en ailles définitivement, le temps presse… Tu devras revenir, prendre du temps suffisamment, voyager un peu, te déplacer un peu plus loin, dans les forêts voisines ou encore plus loin ; tu as encore tant à apprendre…
Nous avons toujours à apprendre…
C’est vrai ! Mais toi, plus que les autres, puisque tu dois remettre tout cela dans le langage des hommes…
Ah, vous ajoutez encore à une mauvaise légende, un mythe de plus ?
Mais tu l’aimes bien ce mythe-là, puisque tu ne cesses de l’écrire…
Quelques minutes avant la nuit, et je vais partir à ma coucherie…

Sonagrammes audiométriques :