(texte (??) - 22 nov. 2011 à 17h14)

« Ne fais pas attention, c’est mes égarements ! »
Me disais-je comme à un ami.

(original)

C’était en soirée, dans un magasin à bibelots, cherchant de quoi égayer ma demeure.
Entre les rayons, un jeune couple avec leur enfant, une petite habillée à la garçonne, faisait des remarques de femme à son père, qui rompu à de telles paroles, ne disait rien d’audible, peut-être s’agaçait-il ?
On voyait bien que la petite imitait la mère, qu’elle se donnait des aires de grande…

Elle était charmante et déjà coquette, c’était une belle enfant pleine de grâce et de jeux…
Mes regards amusés de la scène finirent par éveiller l’attention de la mère, je sentis bien cet œil maternel et désapprobateur. Sans le voir, je m’éloignais lentement, feignant une indifférence.

Au hasard de mes recherches, un tissu quelconque de lin ou de coton, entre les rayons bien achalandés, je les croisais encore par moments. L’enfant finie par me remarquer et comme elle était habillée élégamment à la mode du moment, elle vit bien mes œillades attendrie et paternelle… Mais à cet âge les sentiments sont encore confus, son visage interrogateur me disait « mais pourquoi me regard tu ? ».
Et la mère l’écarta de ma vue, croyant avoir affaire à ce pervers, le pédophile potentiel, je compris bien la possible méprise et m’éloignai pour éviter l’incident fâcheux.

Il m’est arrivé cela quelquefois, avec des mères à l’instinct peut-être trop protecteur, égarées par des attitudes mal comprises et que je ne cherchais pas à rassurer.

Mes attendrissements envers des enfants pleins d’innocence trahissent un désir rempli de contradiction…
Je suis ce père impossible, qui dirait avant l’amour, à une hypothétique femme aimée, « fait moi donc une petite fille », et celle-ci enfin née, la tenir dans mes bras, cette reine de tendresse que j’adorerai, mon enfant, qui dans mes vieux jours, devenue elle aussi femme, fermera à mon dernier soupir, mes yeux, pour toujours.
Banalité de la vie, éternels regrets de n’avoir pas enfanté et sagesse innommable de cet évitement.

(version corrigée)

C’était en soirée, dans un magasin à bibelots, cherchant de quoi égayer un endroit pour un cadeau ; entre les rayons, un jeune couple avec leur enfant, une petite habillée à la garçonne lâchait des remarques de femme à son père, il semblait rompu à de telles paroles, ne disait rien d’audible ; peut-être s’agaçait-il ? On voyait bien qu’elle imitait sa mère, qu’elle se donnait des aires de grandes… Elle apparaissait charmante et déjà coquette, c’était une belle enfant pleine de grâce et de jeux… « İl » osait des regards et s’amusait de la scène, cela finit par éveiller l’attention maternelle, sans la voir, il sentit bien son œil désapprobateur, alors il s’éloigna lentement, feignant une indifférence. Puis continuant, au hasard de ses recherches pour un tissu quelconque de lin ou de coton, entre les rayons bien achalandés, il les croisait encore par moments. L’enfant finie bien par le remarquer et comme elle était habillée élégamment à la mode du temps, elle aperçut aussi ses œillades et l’on voyait bien qu’elle en était flattée, ce n’était pour lui qu’un attendrissement paternel, mais à cet âge, les sentiments restent encore confus, le visage interrogateur de l’enfant lui disait : « mais pourquoi me regardes-tu ? ». Et la mère à découvrir cela l’écarta hâtivement de sa présence, croyant avoir affaire à ces pervers de la rue ; alors il comprit bien vite la possible méprise et s’éloigna pour éviter l’incident fâcheux.
Cela lui est arrivé parfois, avec des femmes à l’instinct peut-être trop protecteur, égaré par ses attitudes ou des gestes mal perçus et qu’il ne cherchait guère à rassurer pour ne pas prendre le risque de la méprise ou de l’enlisement… Il avait déjà ressenti cette étrange sensation auprès de celles ayant enfanté, comme une discorde sourde et hormonale de défense contre l’intrus qui pourrait souiller sa progéniture, un instinct primaire sans mots dits, des regards de dédain, une humeur sèche et haineuse aussi. S’imaginer cette gestuelle ancestrale des femelles de la tribu, ne lui laisse que son étonnement ; il n’avait pourtant rien exprimé de précis ni montré de mouvement équivoque, de simples observations attendries, et cette riposte, ce n’était que de cet instinct animal précautionneux qui dégénère parfois dans d’absurdes rumeurs fourbes de l’accusation. Il a pris pour habitude de ne pas affronter ces êtres-là, s’en écarte, sa vie va au-delà, et ne s’attarde pas à résoudre la sensation.
À un certain âge, quand on exprime des manières d’agir à la marge des rituels sociaux de son ethnie, persiste ce genre de conflits ; « on ne peut plaire à tous », s’est-il affirmé à lui-même ? Vient le temps de passer à autre chose. Ses attendrissements envers des enfants pleins d’innocence trahissaient un souhait rempli de contradiction…
Il s’imagine devenir ce père impossible, puisqu’au fond de lui il ne représente qu’un songe mal barré (on le lui a tellement déjà rappelé), auprès d’une hypothétique compagne, avec qui il aurait conçu une enfant, il goûterait à ce privilège de la tenir dans ses bras et avoir le droit d’une câlinerie « autorisée » (il s’imagine qu’elle se trouve ici, cette tendresse qu’il ne perçoit pas) ; enfin, il se voit aliter, au moment de ses derniers jours, sa fille adorée devenue une femme, sera là auprès de lui et après son ultime soupir, lui refermera ses yeux pour toujours (comment un songe peut-il à ce point rêver d’un autre rêve ?) ; cette pensée banale à crever inondait une amertume, il sentait bien par moments qu’il prenait goût à la vie des hommes, dans ce qu’ils ont de plus remarquable parfois et cette môme lui offrait cette image : éternels regrets de ne pouvoir enfanter et sagesse innommable de cet évitement.