(parole du matin – 23 août 2019 à 6h03)

—> 1. « İl », détachement, intermède 204.

Son histoire vous apparaîtra de plus en plus obscure, à vous les hommes. Son récit, son roman incertain, toutes ces choses vous apparaîtront étranges, incompréhensibles, d’une fadeur inconcevable à vous, les hommes, cette histoire et son partage…
De quoi ? Elle ne parle pas de nous ?
Absolument !
Elle ne parle que de lui ?
Mais non ! C’est qu’il se dissocie, il se détache, c’est un binôme, il se parle à lui, un schizophrène, il se dédouble, il s’adresse aux choses qui l’habitent, ou plutôt ce serait les choses qui l’habitent qui lui font la conversation ! Et de ça, on n’en a pas l’habitude, voyez-vous ! Le monde est ce qu’il est, et l’on ne s’adresse pas qu’à vous, vous, les « deux-pattes », comme il vous nomme, qui l’exaspère ; la chose qui les exaspère, c’est vous ! Il n’en est pas encore revenu d’être un des vôtres, cela l’exaspère (encore) ! Il aurait voulu voler dans les airs, mais cela n’est pas possible, n’est pas « oiseau » qui veut, alors il maudit ! Il maudit, autant que possible…
Cette histoire vous apparaîtra obscure et ce n’est pas son moindre défaut. Qu’avez-vous à lire (un) pareil récit ? Il ne s’adresse pas à vous, ce n’est pas son moindre mépris. Méfiez-vous !

(parole du matin – 23 août 2019 à 6h13)

(Il active la machine enregistreuse en se trompant de commande, elle n’enregistre rien du tout, et l’inspiration est passée sans attendre, il maudit ! Et teste l’engin ! C’est le matin, tous ses neurones ne sont pas réveillés…)

– Un deux ! Un deux ! Un deux trois ! Ah ben du coup, moi, j’ai perdu ce que je voulais dire !

(parole du matin – 23 août 2019 à 6h14)

(il teste les niveaux, le volume du son…)

Ben alors ? Et ben alors qu’es qui s’passe coco pourquoi tu m’ache plus ! Hein ? Qu’est-ce que j’ai fait ?

(parole du matin – 23 août 2019 à 6h14)

(il retente une mémorisation !)

Je ne sais plus ! Je ne sais plus ce que je voulais faire, hein ? Je ne sais plus !…
Je disais quoi ?
Oui ! On voulait vous dire que cette histoire vous apparaîtra obscure, il n’est déjà plus de ce monde, il veut quitter ce corps qu’il habite et qui l’encombre ! Comment se fait-il qu’il soit de cette engeance, que l’on déteste, nous les hommes, quand l’on ne parle pas de nous, on s’en offusque !
Quoi ? Il ne veut plus de nos territoires ? Il ne souhaite pas que l’on accapare ? Est-il idiot, cet être, en somme ?
C’est bien possible, on le dit fou !
« Folie, que de rester avec vous ? » vous dit-il.
Il écrit tout un poème « contre » vous !
Oh ! C’est intenable…
Il faudrait l’enfermer, il faudrait l’enfermer…
Mais non ! Laissez-le, il va se disloquer !
Ah ! Très bien, laissons faire, alors… Quelle part de lui allez vous prendre ?
Oh ! Nous ne savons pas à quel moment cela se fera.
Ah !
Un tracas de moins, alors, à envisager ?
Oui, laisser-faire, le temps l’emportera ! Et cette affaire, on l’oubliera !
Aaah ! Dans ce cas, je ne m’intéresse plus à lui, je l’oublie, je l’efface de ma mémoire…
Et l’autre dira, « c’est ainsi qu’ils périrent, les hommes ! » De cet oubli, non pas, de lui, ce « il » incertain, cette île délabrée, abandonnée, mais dans l’oubli d’eux-mêmes, du fond d’eux-mêmes, ce qu’il y avait, la part qu’ils occupent est infime, rendez-vous compte, deux pour cent de leur forme, est véritablement occupée par eux, le reste, ce sont tous les agents, les esclaves diront certains, qui s’occupent d’eux.
Moi je dis que cette forme, c’est qu’on la domestique, et elle ne répond pas aux critères d’éternité souhaitée !
Qui vous parle d’éternité ? Il n’y en a pas, nulle part ailleurs, cela n’existe pas, l’éternité ! C’est une illusion, Monsieur…

(parole du matin – 23 août 2019 à 6h26)

(enquête !)

Nous relevons toutes les traces de lui, et de notre enquête, nous vous disons ceci : des quelques propos qu’il exprima sont dans ses écrits, nous vous en donnons une part, ici.
Je vous en prie, soyez assez critiques, ne considérez pas sa prose comme une quelconque littérature. De ceux-là qui écrivent tout le temps, ils font des livres, il ne souhaite pas être un des leurs, ce qu’il dit. Il n’arrête pas de dire cela, et vous embêtera sûrement, oublier cela, sa prose est incertaine. Oui, c’est cela, incertaine ! Car elle ne sait pas où elle va, elle explore des mondes jusqu’ici inconnus, le fond de sa folie, dans une folle nuit…

(parole du matin – 23 août 2019 à 6h42)

(suite)

Ce monde est sans appel, à quelle tire d’aile veux-tu nous amener ?
À quelle tire d’aile ?
Mais de quoi voulez-vous me parler ?
Ça y’es, plus rien ne vient, c’est fini ! Tu peux arrêter…

(parole du matin – 23 août 2019 à 6h45)

(notes)

Son roman sans cesse médité, tu le déplaces dans les ajoutements…
Et à quel récit de gens veux-tu nous amener ?
Ce qu’il reste, ce qu’il y a tout autour : des récits de gens !
Mais de quel genre est-ce, ce récit ; de quels genres « sont » ces récits ? Dis-le-moi !
Je n’en sais rien, il suffit de les lire, de lire ce qu’il y a au-dedans. Après, tu feras… tu sauras, en les lisant, tu sauras quelle opinion tu prendras ; ce qu’il y a d’indéfectible dans ces gens, un genre commun ou nouveau, c’est selon la manière que l’on lira ; c’est selon que vous soyez capitaines, indulgents, infirmiers, médecins, soldats, en uniforme, en civil… aucune manière nous y mettrons, autre, que les quelques ornières que vous y avez déjà mises. Oh, le monde n’y est pas austère, il est fait de toute une méprise, et de cela, une idée, j’y ai prise !
Ah ! Vous voulez faire le beau ! Eh bien, fais-le, que l’on en finisse !
Comment se fait-il qu’à ce matin déjà, toute une flopée de mots survienne au-dedans de toi ? Et tu ne peux t’en défaire, tu mémorises sans cesse avec la petite machine, pour éviter de les écrire, cela vient trop vite, cela s’empresse ! Comment se fait-il que tu ne les évites, ces termes qui te pressent, et sans cesse t’enferment dans une mélodie d’un récit incongru de ta vie, petit être, que fais-tu ici ?
Eh bien, ma foi, ici j’y vis, je ne cesse d’y paître dans cette vie-là… et pour l’instant personne ne m’empêche de faire ça ! Il ne me semble pas être dans une prison ? Ou du moins, si cela était, je ne m’en suis pas aperçu ? Ah si ! Peut-être ce corps que j’occupe, et qui sans cesse vieillit… Mais le reste du temps, je l’utilise pour mes déplacements ; observer les choses qui sévissent sur cette planète, pour aller observer quelques paysages auprès de ma coucherie, me déplacer à la mesure de mes moyens, ici, je n’ai pas de richesses, sinon, que ma sombre vie, « quelle tristesse ! » me direz-vous… Ah ! J’y reviens, à ma marotte, « ce récit ne s’adresse pas à vous ! » Ah ! Voilà enfin, il faut que je vous vexe !
C’est amusant ! Tout au plus, ennuyant, embêtant…
Mais où veut-il en venir avec cet enivrement qu’il a à médire tout le temps ?
Il faut que je vous dise, si nous y regardons bien, il n’y a aucune méprise, et de ce qu’il raconte, nous le valons bien ce mépris qu’il fait de nous. En effet la plupart du temps nous sommes méprisables, et ce n’est pas sa moindre tare de nous décrire ainsi et peut-être déjà qu’il est trop tard ? Avant de périr ici, il tient absolument à nous laisser quelques mélopées de son cru, ce récit incongru, mais laissez-le faire, il est tout à son affaire ! Et pendant ce temps-là, il nous laisse tranquilles ; il ne vous embêtera plus, si vous le laissez faire, il n’est pas méchant, il n’a tué qu’une herbe pour manger, quelques poulets, des poissons naguère, ces mets qu’on lui apportait déjà tout fait, découpés à l’avance… Aujourd’hui, en effet, il (ne) se nourrit que de graines (peut-être de leurs fruits), quelques herbes, ce (celles) qui pousse à droite à gauche, les algues de mer, quelques embruns de l’air, une eau toute proche, il s’en délecte, il est tout à son affaire, eh, laissez-le faire !