(parole en marchant – 29 mai 2020 à 18h49)

—> 2. « petit chemin » : 
—> durée : 76’14

Dans « petit chemin » : un sous-chapitre, il est comme une découverte, comme une redécouverte, après un nouveau sens apporté par un outil, que l’outilleur hominidés que nous sommes construisit pour entendre des sonorités qu’il n’entend pas naturellement, à des fréquences supérieures à son entendement commun.
Quelques explorations de cela nous apportera (apporteront) un entendement différent du commun ; avant ces outillements, ces capteurs, ces transducteurs, ces microphones, percepteurs de la chose vibratoire dans une gamme de fréquences (d’oscillations) que nous n’osons appréhender ni voir, développent quelques sens ; mais il faut transposer l’image que nous voyons de ces sonorités, il faut les interpréter dans des gammes de fréquences qui nous seraient audibles, ou les visualiser dans ce qu’on appelle les sonagrammes, spectrographes, oscillogrammes non ! Les traînées correspondant à chaque vibration, à chaque amplitude d’une superposition de sonorités différentes, harmoniques, dysharmoniques, opposées, additionnées, de toutes sortes, formant la base du son, l’enrichissant. Harmoniques, disais-je, de toutes sortes et dont la représentation graphique, bien souvent, apporte une sorte de chatoiement de l’œil, une beauté à considérer, que l’on découvrit il y a peu, quelques décennies, quand nous construisirent ces outils qui nous apportaient la vision graphique de ces sonorités. J’y ai travaillé assidûment dans ma jeunesse, avec ses premiers outils (outillements) exploratoires ; tout en les découvrant avec des milliers d’autres. Eh (quoi), ils m’apportèrent une vision différente de ce monde, il n’est pas restreint à notre seul entendement, l’essentiel des choses se passent (produisent) en dehors de notre propre entendement, mais… entendements de toutes sortes, pas uniquement du sens auditif, de tous les sens. Et c’est en cela… et c’est en cela…
Oui, vous disiez « c’est en cela » ?
Oui, et c’est en celaaa… que… l’inspiration ne vient plus !
Pourquoi ?
Ah, voilà ! Parce que je n’ai plus rien à dire, parce que ça ne me traverse plus…
C’est les oiseaux, ils ne chantent plus ?
Oh, on les entend un peu, mais pfft ! Aujourd’hui, ils se foutent de mon passage, ils m’ignorent, ils se sont déshabitués de moi, je ne viens plus aussi coutumièrement…
Ah bon ?
Eh oui !
C’est grave ?
Non !… Enfin, c’est grave pour ma santé physique, de ne point marcher suffisamment longtemps tout au long des jours, pèse sur le moral ; la forêt est un lieu de revivification de l’être, beaucoup en témoignent. l’odeur, les arbres, ce qu’ils dégagent, leur aspect paisible, le vent se déplaçant à travers leur feuillage, me fait sentir tout ce qui émane d’eux…

7’17, en disant « ce qui émane d’eux », les mots de l’homme forment une croix ; le Pinson dans l’arbre répond « tiditidi tii truiii ! » succinctement…

… me parfume subtilement de sensations et d’improvisations, qu’ils, probablement, avec amusement, se jouent de moi ! Que suis-je devant ces monstres tous debout, la tête à l’envers, leurs racines sentent les vibrations légères de mes pas quand je marche auprès d’eux ; ils ne se disent « tiens ! un zomme passe par là ? », les oiseaux les ont déjà prévenus, le vent a déplacé ma propre odeur…

de 8’22 à 8’32, un Faucon (?), un Pic vert (?) sur les mots, cri !

des senteurs de moi, se mélangeant avec les senteurs de la forêt d’une imprégnation réciproque, mais la plus forte est celle de la forêt, ils sont innombrables et au milieu d’elle je suis si petit, malgré que notre petitesse la coupe assidûment, celle-ci, cette forêt blessée, où je marche dedans. Ne vous y trompez pas, le maître ici, il n’existe pas. L’oiseau, c’est peut-être ce qu’il me dit, lui. J’ose avancer qu’il ait tout compris, ou du moins sa raison ne lui donne pas l’idée de se prétendre au-dessus du lot. Il y vit au-dedans, tout le temps, la forêt il y est né, lui, sa famille n’en est guère sortie, il ne migre pas comme d’autres, il reste au-dedans, cet oiseau-là que je ne nommerai pas, car à l’entendre tout le long de l’an, je vois bien qu’il y reste ici. De son nom (et de ses coutumes), il faudrait que j’étudie encore plus, prenne encore plus de temps que je n’ai pas, que je n’ai plus. Il y a tant de choses à faire que l’on est obligé de choisir, et l’écourtement d’une existence, car elle s’en va toujours, se finissant de la même manière, nous impose de faire des choix, pour terminer ce que vous avez commencé. Ici, c’est cette écriture, cette manière de dire et de penser ne me permet pas de me disperser ; on ne peut tout appréhender, c’est impossible ! Et maintenant on est obligé de se restreindre à quelques occupations que la passion ou l’intuition vous amène ; des choix de vie, d’existence, ou des contraintes, c’est selon, on ne choisit pas, justement, tout le temps. Trop souvent, la plupart n’ont pas le choix, leur existence se résout à subsister tant bien que mal, à survivre au milieu d’un troupeau…
12’25 (au loin le chant d’un oiseau, « coucou ! coucou ! »)

de 13’15 à 13’25, au loin chant du Coucou, autour de 500 et 700 Hz…

… oppressé, affamé, ayant une vie de merde. La plupart du (temps, le) troupeau des zommes, sont soumis à cette contrainte, et par une ironie du sort, au loin, vous entendez peut-être le Coucou, qui se fout bien de nous, lui aussi.
Ah…
13’36
Il est loin, et je m’en éloigne, il s’est tu, il voudrait que je témoigne ; « mais qui es-tu ? » me répondrait-il. Oh, moi je lui dirais, « moi, je ne suis rien, rien du tout, ma grosseur est plus importante qu’un moucheron, mais quelque part je ne vaux guère mieux, moins qu’un moucheron, mon sort est convenu, déterminé, je suis résolu à n’être rien du tout ! »
Est-ce une honte, un dépit, un amoindrissement de soi ?
Un dépit ? Non, c’est que, euh… je m’en fous, de moi ! Moi, n’a pas d’importance, ce qui me compose, retournera alimenter les sols.
Il est dans la nature, il se meut, régurgite les aliments absorbés venant de la nature, mais tout se produit dans la nature elle-même, on est au-dedans, on n’est pas en dehors.
15’42 (il s’approche d’un Grillon, le chant monte progressivement)
Quoi que l’on fasse, on est toujours dedans, jamais en dehors ; même dans l’espace, vous êtes dans l’univers qui vous a créés, vous n’en sortez pas, on ne sait pas ! Pour l’essentiel, on ne sait pas, on sait peu de choses, on connaît à peu près ce qui nous environne, on l’appréhende approximativement, mais nous n’en voyons pas tout, nous n’en percevons pas tout.
16’27 (il dépasse le Grillon, son chant diminue)

de 16’45 à 16’51, interférences entre deux Grillons, et bruits de pas…

Elle est infime, notre perception, dérisoire !
16’58
Considérer que l’on n’est rien du tout, c’est d’admettre, ce que je conçois comme une réalité ; de se concevoir comme le centre du monde est une perturbation d’un ego quelque peu démesuré, inconsidéré, une dégénérescence de l’esprit, dirais-je, qui considère que le soi à soi, le petit moi à moi est plus important que les autres, que le monde, il domine, il veut dominer, il veut accaparer le monde ; mais au bout du compte, il meurt comme tout le monde se disloque un jour, l’expérience qui a été faite de lui, le dictateur local du moment, aboutira toujours au même résultat, au même délire. L’expérience est reproduite au cours des générations, toujours vous verrez quelques petits chefs tenter de dominer, de s’approcher près du soleil, comme le héros mythique qu’il s’y brûla les ailes, mais… il retombe toujours, inlassablement, alors, cette quête-là, me semble bien inutile si on la comprend ? Il ne sert à rien de s’élever, de tenter de se brûler les ailes, à quoi ça sert, sinon (à) retomber penaud devant quelque chose qui nous dépasse, d’incommensurablement énorme, sans commune mesure avec ce que nous sommes. Nous n’en sommes, de l’étoile du jour, que ses enfants, c’est elle qui vous permet de naître, de vivre, d’exister. Que pouvez-vous contre elle ? Rien ! Vous vous battez avec des chimères.
Il y a que la vie s’égare dans un gâchis d’énergie incommensurable (considérable, perdue à jamais), elle rumine des êtres sans intérêt, elle en fait l’expérience mille fois, dix mille fois, des milliers de fois, à reproduire toujours le même mécanisme, à tenter d’y trouver à un moment, une dérive qui permette un échappement, une variation, quelque chose de différent. Eh pfft ! La plupart du temps, cela rate, et implique (pour) la plupart d’entre nous, eh, une vie de « merde » autour de ces petits chefs qui tentent de se brûler les ailes. Voilà ce que j’en dis…
Soirée bien calme, la forêt est apaisée des zommes, ce soir ; le soleil descend peu à peu et dans quelques heures il fera nuit…
21’56 (les oiseaux gazouillent tout autour de lui)
Les petits moucherons commencent à arriver, ils ont éclos de leurs pontes précédentes, qui furent stoppées un moment par un refroidissement subi qui retarda leur éclosion. Là, on voit bien qu’ils arrivent, les chaleurs deviennent persistantes, la sueur de mon transport leur apporte une odeur captivante…

de 22’33 à 22’40, sur les mots de l’homme, ce chant l’instruit, sans qu’il le sache encore, l’oiseau inconnu lui inocule une dose sonore…

… ils vont tenter de me sucer, de pondre à la limite sur moi, de me piquer… et d’y reprendre quelques miasmes sur mon corps, comme si c’était une déliquescence offerte à leur vue, seulement à leur sens, où dans la traversée de l’allée me les apporte continûment, je dois les éviter avec un mouvement du bras, souffler dessus, ils détestent l’air chaud de mon souffle, j’ai remarqué cela.

de 22’50 à 22’57, par-dessus les pas (??) ; à la fin, un Pinson dans l’arbres…

23’51 (quelques beaux chants d’oiseaux)

de 24’17 à 24’24, « toilidi lidi lilu ! » (??)

24’51 (un vent léger monte progressivement)
Je m’approche du Frêne, planté au bord de la forêt, entre un champ et la forêt, au bord de l’allée qui tourne. Un beau Frêne, vieux de plus d’un siècle, assurément. Je passe continûment devant quand j’emprunte ce chemin ; je le salue discrètement à chaque fois, je n’en vois aucune (de ses) branche encore tombée, il est en pleine forme, dans la fleur de l’âge, ou dans l’âge déjà avancé, c’est selon comment l’on considérera sa longévité. J’en ai vu des plus grands que lui, très haut, des Frênes ! Bois fragile, bois blanc, qui tombe au moindre vent. Lui, il est protégé là où il est ; il est élégant. Salut le Frêne !
26’39
27’09 (quelques bourrasques, le vent insiste)
Le champ, à côté, est en jachère… semble-t-il ? Son herbe va faire un fourrage pour l’hiver.
28’03
Au loin, un rapace tournoie (probablement une Bondrée apivore ou une Buse variable)… oh, il m’a vu depuis longtemps.
28’19 (le vent enfle, les bourrasques freinent sa marche)
28’53 (il décrit ce qu’il voit devant lui, à travers le vent)
Un Faisan échappé, un Lapin au loin cours devant moi, il se cache ! « un zomme qui passe, méfions-nous ! » L’oiseau monte en haut de l’arbre, il m’observe…
30’29
Les Églantiers sont toujours en fleurs, et les Châtaigniers ont du mal à pousser, où on les compresse au bord de l’allée, ils seraient une gêne pour les bûcherons, ce n’est pas une essence qu’ils recherchent, ils veulent du bon vieux Chêne… Le vent me pousse dans le mauvais sens, il s’oppose à moi, il m’empêche de monter le chemin, je peine un peu, mais j’ai encore des forces ! bientôt, le chemin va tourner et le vent sera de travers, moins gênant…
(le vent se joue de lui et l’enveloppe, tente de l’élever…)
Je disais, le chemin va tourner, il va faire un angle droit, là actuellement, je m’en vais vers le nord ; si je continuais indéfiniment, effectivement, j’arriverais au pôle Nord, mais je vais m’arrêter bien avant, je vais tourner, et dans le sens qui m’enverra vers l’est… Le vent n’est pas d’accord, il voudrait que je rebrousse chemin, « que fais -tu là à cette heure ? » (semble-t-il me dire)…
33’43 (chants de Grillons)
Ça y est, je me dirige vers l’est, un est ensoleillé où les coupes sont fraîches depuis longtemps, le Grillon me le dit tout le temps. C’est ici que j’entendis (pressentis) des sons perdus de quelques Sauterelles, insectes imprévus, que mon ouïe ne pouvait entendre, mais était bien là, ils (elles) crissaient aussi dans un brouillard discontinu, s’arrêtant net parfois… un brouillard inaudible, que seul l’outillement d’une machine enregistreuse au bout de mon bâton permis d’entendre. « Qu’enregistre-t-elle, la machine », direz-vous ; mais, les sonorités du moment, quoi d’autre, évidemment !
35’52
Je me dis qu’il va être long le discourt à reproduire…
(le Grillon est tout près)
je parle lentement, je vais encore perdre toute une journée à tout reproduire, les sonorités que j’émets ; mais est-ce vraiment du temps perdu ? Quelques petites Renoncules au bord du chemin, elles tournent la tête, elles regardent le soleil ; des petits boutons d’or dans l’herbe…

de 36’53 à 37’04, à 36’58, quelques notes d’un chant d’oiseau joli (??) en haut ; en bas, « turlutuditidé turlu ! », serait-ce un Loriot ?

36’58 (un chant d’oiseau joli)
Des Ancolies montent en graines, les Fétuques font de même, la Fougère (aigle) en lisière, du côté du bois non encore coupé, masque le fond de la forêt… masque le fond de la forêt, disais-je !
38’11 (il se mouche, le Grillon écoute ! L’oiseau commente !)
38’32 (en parlant des zommes)
Ils ont commencé à emmener (emportés) le bois qu’ils ont coupé, dans ces quelques parcelles dévastées maintenant, le spectacle n’est pas beau à voir ! Un déplaisant spectacle pour ma mémoire, j’aimerais avoir traversé une forêt intacte, mais celle-ci, on la coupa depuis des siècles, voire des millénaires, oh, elle repoussa toujours ; il y a longtemps qu’elle n’est plus « primaire », comme l’on dit. Oh, les arbres se sont toujours resemés plus ou moins naturellement ; on a tenté d’y ajouter quelques essences, quelques Pseudotsuga, des essences de Pins poussant vite, venus (ramenés) de l’autre côté de l’océan, là-bas ils vivent comme des géants ; ici, malgré qu’ils poussent tout aussi vite, ils ne sont pas aussi grands, ils ne connaissent (connaissaient) pas dans leur mémoire, celle de leurs graines qui furent apportées, la teneur de ce sol, il leur faut apprendre à le connaître, ce sol…
41’29
Des panneaux accrochés à un arbre tout déchiqueté, indiquent qui est le détenteur de cette découpe, celui qui accapare ces arbres, en vertu de quelques réglementations (et marchandages entre eux) des zommes, sans demander (aux arbres) par politesse, le droit de les enlever d’ici, ni un remerciement, ils ont tout pris ! Encore quelques arbres debout, ici, mais combien de temps resteront-ils ceux-là ? Je ne vois pas la fameuse croix rouge (sur leur tronc) qui indique le moment de leur trépas, qu’il approche… Ah ! Si, certains, pas tous, on en préserve quelques-uns pour qu’ils essaiment.
Le vent s’est calmé, le vent du nord-est masqué (dérouté) par la parcelle, encore debout, elle me laisse au soleil qui se couche à l’ouest et m’inonde par mon derrière, me pousse de son rayon vital…
43’56 (au fur et à mesure de son avancement, il s’approche du courant d’air, en bas du chemin, le bruit du vent enfle peu à peu)
Vital ?
Évidemment ! Il réchauffe mon dos, assèche ma sueur…
44’38 (il s’arrête et s’approche du ruisseau à sec longeant l’allée)
J’ai cru entendre de l’eau ? Non… un effet du vent… (il parle aux plantes) m’excuse de marcher sur vous… un Noisetier résiste, entourer de bois coupés, il fait (a) triste mine, un engin va le recouvrir… comme ces belles Centaurées, qui va marcher dessus ? Qui aura quelques égards envers elles ?
45’59
On me dit de dire « le temps n’est plus aux folies »…
Qui vous dit cela ?
Ben ! Ce qui vient au-dedans de ma tête ! Vous croyez que j’invente tout seul, mais vous plaisantez, quand le vent vous traverse, quand la lumière du soleil vous inonde, tout ce monde… (un oiseau gazouille au-dessus de lui) tout comme celui de la forêt où vous traversez… que vous traversez en ce moment va vous inonder d’un discours insoupçonné et dont quelques parcelles (bribes) va (vont) ressortir et vous faire dire des choses, tous les éléments d’une folie, d’une raison, d’une inspiration, d’un traversement ; il est certain que ce discours, au creux de ma chambre (dans ma cahute), je ne l’aurais pas, il serait différent. Il y aurait les influences de la pièce…
47’31 (un oiseau, par son chant, rythme le discours, « eutuu eutuu eutuu ! »)
… de ses murs, des habitants qui cohabitent avec moi, ce cloporte qui tous les soirs dans l’angle du mur m’observe. Eux aussi me disent des choses, nous somment tous reliés…

de 48’03 à 48’14, la Mésange charbonnière encadre les mots de l’homme…

 

… la moindre de mes molécules, de mes atomes (des atomes me composant), sont reliés au monde, ils en font partie, ils s’agglomèrent momentanément pour me permettre d’exister tel que je suis, moi, et une multitude d’autres semblables, ou dissemblables, des milliards d’holobiontes sur (dans) cette forêt, qu’une junte invisible, des procaryotes comme l’on dit… ah, j’y reviens à mon truc, domestiques assidûment, expérimentent les bêtes diverses et variées pour voir ce qu’on pourrait en faire de ces formes multicellulaires, ce qu’elles apporteraient dans l’outillement du vivant, à sa « pé-ren-ni-sa-tion », à son « dé-ve-lop-pe-ment ». Chacun de nous, dans ce processus, y a sa part, infime, disais-je, insignifiante, mais ajoutée à une totalité sans cesse en mouvement, apparaissant, disparaissant journellement. Tout ce mixte (s’avère) incommensurable, inimaginable, me permet d’exister. La petite bactérie a bien du mal à avancer en se divisant, ses déplacements sont infimes au cours du temps ; d’avoir une machine (biologique) multicellulaire comme nous, à deux pattes, ces hominidés-là, cela avance un peu plus vite ! Eh, que pour ces hominidés-là, ont eu l’idée qu’ils construisent quelques outillements supplémentaires pour avancer encore plus vite (certainement dans de grands élans d’inspirations apportés par les vents de tout passage). Oh, biologiquement, on inventa bien l’oiseau pour qu’il vole longtemps, loin, d’un continent à l’autre ; mais cela ne suffisait pas, il fallait d’autres déplacements, des déplacements mécaniques. Et une des raisons de notre existence, je le pense ainsi dorénavant, est l’invention de cet outilleur que nous sommes. Un outilleur, que construit-il, que fait-il ?
Il fabrique des outils !
Pour lui uniquement ?
Pas forcément, il outille le vivant de structure lui permettant de se développer ; tout le souci étant dans la conscience qu’il a d’utiliser cette énergie à sa disposition et de ne pas trop la gaspiller à travers des outillements inconsidérés, abusifs, inutiles (superflus, idéal non atteint). Là encore, comme le vivant dans sa biologie (expérimente sans cesse des façons), l’outilleur construit des outils inutiles, gâche beaucoup d’énergie ; eh, peu à peu, il prend conscience des limites terrestres de ses débordements, et ces outillements abusifs (excessifs) ; il doit apprendre à se refréner, à comprendre ce qu’il est, ce qu’il fait, qu’il amenuise sa pression sur le milieu où il survit, pour que lui-même puisse persister encore quelques années ; qu’il se préserve et qu’il apprenne à respecter un peu plus qu’il ne le fait le milieu où il séjourne. Cette prise de conscience est probablement nouvelle, aujourd’hui…

54’22, beau chant d’oiseau, serait-il heureux de ce qu’il dit ? L’homme n’a pas su se taire à temps, il parlait sans l’entendre ! Au loin, un Pouillot véloce répond, et s’agace…

… elle existait quand… l’oiseau m’a interrompu. Il ajouta (me précise) qu’elle existait quand nous étions proches des gens de la forêt, quand nous vivions dans nos cahutes au-dedans (d’elle). Nous nous en éloignons et nous avons créé une distanciation qui nous a fait perdre un peu de temps, il faut retrouver des sens ancestraux, ceux de nos origines (retrouver la perception de se sentir étroitement lié au milieu nous permettant d’exister). Eh, le vivant semble en perte de mémoire perpétuelle ; elle doit retrouver, la vie, sans cesse des mémoires perdues, des apprentissages dont elle ne sut préserver la mémoire (souvenance). L’outilleur que nous sommes a inventé des outils de plus en plus conséquents pour apprendre à relire les traces de cette mémoire, mémoire de ses ancêtres, mais mémoire de la planète tout entière. Il ne faut rien séparer, tout est lié, notre essor est incrusté dans la mémoire de la terre, il n’en est pas dissocié, notre essor est lié à des variations propres au milieu où nous avons progressé peu à peu (cette recherche de mémoires perdues est une demande du vivant s’ingéniant en nous).
56’30 (un Geai se mêle au discours ; il se mouche juste après, ce qui fait fuir l’oiseau, vexé de cette réplique…)

de 56’31 à 56’41, Faucon crécerelle et mouchage…

57’01
Voilà où nous en sommes dans cette écriture du bout des temps ; elle représente pour le bougre que je représente, une étape, eh, une finitude (aussi), une passation d’une mémoire que l’on dépose, et que l’on laisse. On estime que nous n’en sommes pas propriétaires, de celle-ci, il n’existe pas de propriété, il n’y a que des accaparements. Euh… dans ma pensée, dorénavant, cette notion de propriété, de droit, que l’on considère d’auteur, est un abus de langage ; nous ne sommes que le fruit de choses qui se passèrent au-dedans de nous et nous n’en construisons que les conséquences, à travers nos actes. Les machines que nous inventons, que nous construisons, que nous reproduisons de la nature, comme le vol de l’oiseau, nous l’avons imité, l’oiseau, comme son chant, aussi ! Comme la parole, aussi ! Comme le langage (il) existait avant que nous fûmes ; nous n’avons fait que perpétuer des acquis que la nature a inclus dans toutes les formes vivantes que nous représentons, nous les holobiontes de la terre ; nous avons tous notre propre langage, il n’en existe pas sans langage (ce bagage). Il n’y a que ce que nous en percevons, (pour) l’essentiel, nous en ignorons beaucoup. Il faut réapprendre ces langages essentiels d’une certaine manière, au-delà de l’intellect, dans une émotivité, un affect, ce que vous voudrez, que cela fasse sens ! Au creux de vous, on ne vous demande pas d’y mettre une intelligence, la vôtre, au-dedans, non ! C’est de comprendre l’intelligence des autres et de s’y mêler, s’y emmêler, ne faire que varier, ajouter un sens à d’autres, trouver ce que la forêt tente à chaque fois de faire quand on la laisse tranquille, trouver cette symbiose sans cesse rompue, mais tout autant, sans cesse en devenir. Ce principe immuable, on le voit bien, il se construit peu à peu de siècle en siècle, eh, notre profusion, notre nombre représente une ponction malsaine dans ces symbioses sans cesse rompues, que nous interrompons à travers nos coupes régulières ; les forêts étaient là avant que les hommes existent, elles en sont la… la souche primaire qui permit leur essor, tout comme tous les êtres préalables qui nous ont construits. Mais n’oublions pas, la faute n’est pas que des hommes, elle vient du processus même qui nous construit, qui (il) est défaillant. Le simple fait que j’en ai conscience me montre à moi-même qu’il faut que j’avance sur ce problème ; j’en parle à mes semblables, comme l’on fait déjà beaucoup d’autres qui s’en sont aperçus. Tout le souci étant de trouver un langage qui nous permet de nous en sortir, d’avancer.
63’58
Voilà !
64’14
Me reviennent en tête quelques chants enfantins comme « à la claire fontaine », belle chanson très simple ; eh, apportant quelques émois, les… ceux de ma jeunesse, vieux chant populaire que l’on chante pour endormir les enfants.
Aucun zomme dans la forêt ce soir, il n’y a que moi ; euh… une éclaircie ici, entre deux parcelles, au bord du chemin quelques centaines de Digitales…
66’01 (il se mouche à nouveau)
Si j’en goûtais leur poison, je mourrais aussitôt…
Quelle idée ! La digitaline serait absorbée goulûment, mais la beauté d’un poison tel que cette plante nous l’apporte, nous donne quelques tentations…

66’30 (le Troglodyte a commencé son discours, et l’homme continu de parler, quel impoli !)

de 66’27 à 66’40, mélodie du Troglodyte et par-dessus, les paroles impolies…

Le chemin s’en va finissant, encore quelques minutes à parloter pour rien, attendre que cela vienne (l’inspiration) et parfois se taire. Tant qu’un oiseau chante, je ne peux me taire, puisqu’il me parle l’oiseau, je lui réponds à ma manière. C’est dans le silence que l’on se tait ! On n’a plus rien à communiquer dans le silence, s’il n’y a personne autour de vous, même dans ma chambre le Cloporte en haut qui me regarde, il me raconte sa vie de Cloporte à sa manière, que fait-il là-haut dans l’angle de la fenêtre où je le vois souvent ; je le laisse, il n’y a que les mouches qui m’insupportent quand elles passent, quand elles s’égarent. Autant que possible, je cherche à les faire partir, mais nous n’arrivons pas à nous comprendre ! Je leur dis « veux-tu sortir d’ici », elle me dit « non non non, j’ai à visiter ; il faut que je ponde ! » me disent-elles, sur quelques déchets ; « toi tu en ferais bien un, déchet ? », alors là, le sang me monte à la tête, vous… voyez d’ici la scène, je prends la tapette et paf ! Si j’y arrive, je l’abats ce volatile minuscule, non, mais ! Oui, nous sommes des assassins. Nous sommes, nous, nous sommes un assassin nous-mêmes ; j’ai tué combien de mouches dans ma vie ? J’évite la plupart des autres volatiles, et les moucherons, elles jouent leur rôle dans la forêt, elles humectent quelques pourritures, elles y pondent souvent ; si je ne vide la boîte à ordures (de mon logis), si je l’oublie, et que les déchets enflent à l’intérieur dans des protubérances nauséabondes, les pontes moucheronesques vont être abondantes, et ces petits êtres infimes virevoltent (alors) autour de moi, ils disent « tiens, de la chair à sucer ! »
71’20 (le vent est revenu, une bourrasque passe)
« C’est passionnant », me dites-vous, ce que je dis là. Oui off ! on s’en fout, on raconte, voilà !
Un arbre où sont marqués des arbres… des lettres, sur son tronc coupé, dans la tranche, « o b g » (qu’est-ce) que cela veut-il dire ? Un arbre où l’on marque « o, b, g » ? *
Je (me) disais, quand je suis arrivé aujourd’hui pour cette balade salutaire, « vais-je réussir à ne rien dire ? », non ! c’est quasiment impossible, il faut que je raconte… peux pas faire autrement ! Je sais plus me taire, il faudra peut-être un achèvement pour que cela se fasse, une extinction de ma voix. Peut-être même que quelques deux-pattes devront s’en occuper, que je me taise définitivement. Je n’ai pas trop maudit aujourd’hui, je vais m’en retourner dans ma cahute toute pourrie, ma maigre cahute que j’habite, ma cahute toute dérisoire. Oh, ce n’est pas un château, mais une maison quelque peu délabrée que j’occupe momentanément ; nous ne faisons que cela, occuper les sols momentanément, comme une fleur pousse, apparaît d’un sol, les animalias, hominidea, eux sont comme les fleurs, mais en plus ils bougent, ils s’enfleurissent et puis un jour ils tombent, comme une fleur, la coupent et la mangent ; il leur arrive à peu près le même sort, aux animalias, aux holobiontes de ce genre-là, en mouvement. Ah, les animaux bougent dans toutes les directions, à droite, à gauche, sous terre, s’envolent même, alors que le genre plantea reste à l’endroit où sa graine est tombée, où son mycélium se répand (pour les mycètes), le voyage est différent. Il est permis par le vent, par les oiseaux, par quelques mangements, qui (ils) vont permettre aux graines de s’essaimer un peu plus loin ; on utilise les vertus du déplacement de certains pour subsister. Tout cela cohabite étroitement quoi qu’on en dise, tout notre souci est de retrouver des souvenances maintenant perdues, de les retrouver, voilà !

* les suppositions peuvent être ardentes : Organisation de Boiserie Générale, Office Boisicolle Géant, Office du Bois Gestionnaire, Offrande Boisée Gratis, Orfèverie du Beau Gland…

Sonagrammes audiométriques :