(parole en marchant – 7 oct. 2019 à 15h24)

—> 2. « petit chemin » :

Le chaos est lent et progressif, il arrive doucement, irrémédiablement, continûment, au rythme des hommes, rien ne lui fait obstacle, il est imparable ! Doucement, mais sûrement, les hommes s’y habituent et ne font rien pour le contrecarrer absolument, ils se doutent qu’ils ont le temps de réagir, de se mettre d’accord, ils tergiversent, parlementent entre eux, alors qu’il faudrait plutôt dialoguer avec le monde où ils habitent. Ils considèrent que leur clique est la seule qui mérite une entente, les autres sont un ajout plus ou moins désirable qu’il faut éradiquer le plus souvent d’une manière admirable à leurs yeux. Montrer leur force, c’est une force chimérique pourtant, puisqu’elle ne fait qu’accroître le cahot ! Penseront-ils comme cela, jusqu’au bout, jusqu’aux derniers instants, de se tromper tout le temps, nul ne le sait encore à cet instant où je vous parle. En si peu d’ans je vois bien ce qui change de jour en jour, cette tristesse qui (elle) s’accumule au creux de moi, est le résultat de l’empreinte que me laisse le monde autour de moi. Euh, je dis « je » parce que je ne peux pas être autrui, je ne peux être que moi, témoin de mon temps, tout comme l’abruti celui qui massacre aveuglément (oh, insulter ceux-là ne relève d’aucun outrage, nous le somment tous, un peu abruti par ce qui se passe…). Il est soumis aux mêmes urgences, il les affronte différemment, on ne peut faire autrement.

Ni joie ni gaieté, aujourd’hui ! C’est l’air du temps, vous disais-je, qui (il) m’inocule cela, cette tourmente où toutes les nouvelles s’ajoutent aux autres.

Aujourd’hui, on me raconte qu’un éleveur de Poules a vu son troupeau décimé par quelques Renards. Au diable les renards ! Les pauvres, ils cherchent à bouffer eux aussi, leur territoire est amoindri, on les contraint de partout, ils craignent d’être décimés définitivement. C’est comme le Loup, on n’en veut pas, nul n’accepte cette concurrence parmi les hommes, ils ne leur laissent rien, que voulez-vous qu’ils fassent (les Loups ou les Renards), par désespoir, ils attaquent les proies qui leur semblent plus faciles, là où subsiste une faille dans nos protections éphémères de nos victuailles, ces quelques poules, les malheureuses ; à défaut d’être dévorées par nous, elles le sont par ce renard devenu maléfique, qui (il) sera à pourchasser assidûment, pour avoir osé ainsi attaquer la production des hommes. Ils sont vindicatifs, les hommes, ils n’acceptent aucune concurrence. Ils chassent assidûment avec leurs tiges ferrailleuses, disais-je, l’autre jour, ils font des « pan pan ! » partout ! Excuser mon langage enfantin, j’essaye de me mettre à leur niveau, au niveau de ces tueurs d’un peu de tout qui (ils) oublie la juste mesure, le juste partage des choses, ce que nous devons à la nature, ce que la nature nous doit, maintenir un équilibre, ça, nous ne savons pas ! C’est tout pour notre pomme, rien pour les autres, en somme ! Qui est le plus à plaindre dans l’histoire, le renard ou le deux-pattes que nous sommes ? « Les deux ! », dirais-je. L’un tente de subsister tant bien que mal, l’autre aveuglément poursuit sa route sans considérer ce qui l’entoure. L’un et l’autre sont aveuglés par leur rythme de survie, leur petite homéostasie personnelle qui ne voit pas (elle leur fait voir) guère plus loin que le bout de leur nez, et pourtant il est demandé à tous un quelconque éveille, une quelconque adaptation qu’il faut trouver, vite, très vite…

de 10’17 à 10’29, crac ! (à 10’18) cela réveille un oiseau, il s’exclame « uit ? uit ? uit ? » ; dans le sonagramme, on voit le crac, le chant de l’oiseau dérangé et la voix de l’homme constatant ce fait… (mythe ? non, seulement la réalité graphique d’un « crac » d’une insignifiante banalité ; où est le progrès ? Ah oui, l’oiseau a répondu !)

Le bruit d’une brindille morte sous mon pied écrasée (sous mon pied) fait un « crac » caractéristique. Il s’en vient une machine roulante bruissant dans l’air, sa résonance désagréable offerte à son (mon) passage à mes (ses) côtés ; quelques chuintements d’oiseaux, quelques… mouvements encore, d’une autre machine (roulante) passe encore. Mes pas adoucis sur le chemin humide, chemin de sable… chemin humide (snif) adouci par le sable. Les stigmates d’un ravage, quelques arbres coupés autour, dont on a laissé les branchages moribonds se désintégrer sans aucun souci de nettoiement, on laisse à l’abandon sans même dire merci, d’avoir ponctionné du bois pour son seul profit. Aucun merci, oui ! Aucun remerciement, je ponctionne et j’oublie… Euh, de la nature, je ne m’en soucie aucunement, comme si nous avions des réprimandes à lui faire. Elle est la cause de notre condition, et nous ne lui devrions rien ? Je me pose cette question ?

Sur le chemin, des détritus de couleur bleue, d’une matière dont je tairai le nom qui (elle) va se désagréger petitement, lentement, longtemps, quelques molécules (de notre crue) indésirables, ici.
(La rumeur humaine des machines de toute sorte se laisse entendre, engin volant, roulant ou ratisseur, sur la terre, ébruite l’espace occupé)

Partout où je vais dans cette forêt, il n’y a plus depuis un certain temps, d’endroit calme, paisible, apaisé de toute coupe, de toute exploitation intensive, partout ils laissent des traces, soit des roulements sur le chemin, qui (elles) vous font de ces anfractuosités gênantes pour la marche qu’il faut sans cesse détourner, soit ces branchages laissés à l’abandon, soit ces tas de bois que l’on voit tout le long du chemin ; il n’y a pas un stigmate invisible, ils sont tous voyants, il suffit de faire dix mètres à chaque fois une trace est laissée, ajoutée à d’autres traces, nous montre que ce monde est blessé, nous montre que ce monde… est blessé.
Oui, je suis triste aujourd’hui, je me suis déplacé un peu pour faire quelques courses pour une nourriture minimum pour survivre, et partout je vois ces stigmates plus prononcés qu’auparavant nous indiquer les prémices d’un dépérissement irrémédiable. Je n’arrive pas à penser autrement, c’est curieux ?

Mais que vous ont donc-t-ils faits (ont-ils faits), les hommes, pour que vous en arriviez à médire autant (d’eux) ?
Ah ! Bonne question ! Mais Monsieur, regardez autour de vous, il n’est même pas besoin de commenter, il suffit d’observer assidûment, tous les stigmates sont là, présents, plus ou moins laissé (à l’abandon), à peine caché, tout est montré sans honte, dans une ignorance plus ou moins approfondie des vivants tout autour, qui (ils) font comme ils peuvent, ils font comme ils peuvent, de survivre. C’est étonnant !
19’34 (il se mouche)
20’00
Eh oui, c’est vrai ! Une petite voix intérieure m’a dit « soit le témoin de ton temps, régurgite, d’une manière ou d’une autre, tout ce qui te vient, peu importe ce que c’est, il suffit de choisir l’expression voulue ! » Oh, je ne suis pas le seul dans ce cas, beaucoup se trouvent réduits (snif) à ce dilemme, en choisir l’expression la plus (beaucoup se trouvent dans ce dilemme à choisir l’expression la plus) adéquate qui vous convient (convienne) le mieux. Elle est dans l’expression de ma propre voix, en ce moment. De la parole transcrite dans une mémoire enregistreuse, déversée sur des machines électronisées qui vont traduire tout cela, ces phonèmes en mots, de mots en écriture, sur divers supports à notre portée, que nos technologies nous ont apportés plus ou moins opportunément pour divulguer cette parole, la laissée libre de tout cadre (snif), de tout formatage absolu, divergé quelque peu, nous tenterons cela, oui ! Peu importe le résultat (snif). Obéir à une loi insidieuse qui nous dit « faits donc comme cela, pour voir comment ça fait ! » Bon, d’accord, je suis le concept, je m’y plie, j’obtempère ! Et puis il faut vous dire que je ne saurais pas faire autrement (snif), cela me vient, euh… automatiquement, sans que j’y réfléchisse absolument. C’est pratiquement instinctif, on ne peut s’en empêcher, voyez-vous ? Alors, déversons, déversons cette mémoire, on fera le tri après. Je ne sais même pas si je trierai, je laisserai sûrement la plupart des récits mémorisés de cette manière, d’une manière très… une façon très brute, sans trop trier (snif) ni éliminer, enlever peut-être les quelques incohérences qui ne manqueront pas de subsister, mais je n’irai guère plus loin, « cela ne sert à rien », une petite voix au-dedans de moi, me le dit. Alors je suis les arguments de la petite voix comme un chien docile, je ne veux pas être réprimandé ! Disais-je encore, il y a quelque temps, « je ne suis qu’un pantin ! » Voyez-vous ça, c’est un pantin ?
Allons donc ! Un bruit de machine au loin…
25’03 (aux bruits mécaniques, s’ajoute celui d’un oiseau au loin, il lance des cris d’alertes, « criii criii ! », une Buse variable…)
Ah oui, on traite le champ, on le grattouille, on le parsème (de granules venant de gros sacs), on le prépare pour l’hiver en le tuant à petit feu d’ingrédients tous plus délétères les uns que les autres, on est habitué ! Plus personne ne dit rien, vraiment, on se tue soi-même à petit feu ! On a obéi à la junte semencière qui (ils vous vendent) vous vend des ingrédients qui vous tuent à petit feu, plus personne ne dira rien, c’est curieux ? Comme les hommes sont dociles, sont des moutons dès qu’une caste vous impose ses règles financières, vous n’arrivez plus à vous y opposer, vous plier l’échine, vous vous endettez, vous vous laissez tuer peu à peu, entraînant toute une peuplade, toutes les peuplades d’une espèce qui (elle) crée les ingrédients de sa propre perte. Moi, c’est ce que j’en dis ! D’autres le disent aussi, d’une autre manière. Mais, au bout du compte, cela revient au même, la critique est sans appel !
27’45 (il se mouche)
28’10 (on entend sa respiration forte, il est fatigué, il est vieux !)
Tous ne sont pas dupes, on voit bien que cela va mal ! Eh, vu le nombre des deux-pattes sur cette planète, les remèdes apparaissent extrêmement difficiles à obtenir tant il existe des avis contraires qui divergent, ils nous donnent un entendement commun, une cause commune pour tenter de s’en sortir (en opposition, elles s’affrontent et peu convergent vers un même but : survivre ensemble ! Il y aura du déchet, cela semble inexorable ?). Certains disent « il est déjà trop tard ! » D’autres, plus jeunes, peut-être, ont espoir ; mais au bout du compte, on ne fait trop rien, on n’attaque pas le mal là où il est. On le connaît très bien le mal, en nous ; cette petite force délétère qui sévit à travers certains d’entre nous, financiers, despotes locaux, ayant accaparé quelques terres, voulant en faire qu’à leur manière, tenter de s’approprier le plus possible toute sorte de choses pour survivre, pour ne pas avoir peur. Mais dans leurs efforts, leurs actions se trouvent inappropriées, elles fait (font) beaucoup de dégâts. Il y a 10 000 ans au début de cette attitude (à la naissance des civilisations, de la sédentarisation et de l’agriculture), d’après ce que disent les historiens, cela ne représentait pas une gêne forcément pour la planète, nous n’étions pas assez nombreux. Aujourd’hui, ce n’est plus pareil, les attitudes n’ont pas changé, et l’ampleur des dégâts (snif) font (fait) réagir les choses de la nature, d’une manière dont nous ne connaissons pas… nous pressentons l’orientation qu’elle prendra, la nature. Eh, pour nous, cela ne sent pas bon ! Pour d’autres espèces aussi, des changements vont avoir lieu, un grand ménage sera nécessaire…
Voilà, j’ai fait le tour du chemin, j’ai craché toute ma bile comme à l’accoutumée, il faudra retranscrire tout ceci, je ne sais si cela me sera utile à moi comme à vous (les formes me ressemblant), ce n’est qu’une mémoire déversée, voilà tout…
33’17 (quelque chose tombe en faisant un bruit d’impact métallique)
Un bruit bizarre ? Un « tac » inaccoutumé ? Peut-être sur la machine roulante que j’utilise pour venir ici ? Un gland est tombé sur le toit, voilà ! Adieu cette fois…

Sonagramme audiométrique :